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Magazine culturel d'Akadem

''On ne pardonne pas la Shoah aux juifs'' avec Georges Bensoussan  (37 min)

G. Bensoussan - historien - A. Mercier - Journaliste

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8 commentaires

L'Impasse. 22 mai 08:21, par Sylvain-Marc Pellas

Le déplacement de la victime vers son pays agresseur (Roumanie, Ukraine, etc. ), est finement analysé, mais encore insuffisamment pour comprendre l'antisémitisme occidental naissant actuel, pour autant qu'initialement les populations occidentales étaient moins portées par le passage à l'acte pogrômique, notamment en France depuis la révolution française.
La suspicion du juif Français quant à la double allégeance envers Israel et la France est mal vécue essentiellement du fait de l'existence de l'état Juif. Paradoxalement la suspicion pétainiste collaborationniste pèse davantage sur le français d'aujourd'hui qu'en 1945, 46, 47. Israel est vécu comme une extraterritorialité du corps des juifs survivants européens, alors que l'extra territorialité du massacre à l'est renforce l'idée qu'ils ont pris le train de leur plein gré, mais qu'ils n'ont pas été massacrés.
Il faut comprendre que ce n'est pas l'absence de juif en Europe que les gens ressentent, mais l'absence du savoir vivre local avec le juif qui était porteur de culture partagée autrefois, notamment sur le plan économique entre communautés chrétiennes et juives. Trois générations de repeuplement juif de l'Europe ne suffisent pas à combler ce manque de culture en Europe, on ne sait plus ce qu'est un juif comme on le savait mieux avant la shoa.
L'évidence se trouve en Pologne ou les polonais chrétiens sont obligés de jouer comme des acteurs pour transmettre ce savoir culturel propre à la culture polonaise dans laquelle le folklore local avait ses traits identitaires communs, en raison de la carence de juifs dans ce pays, ou parce que les nouveaux juifs qui y résident ne sont plus dans la linéarité d'une transmission commune qui a perdu son sens commun. D'autre part il est indubitable que le visage de l'Europe aujourd'hui serait très différent avec ou sans Israel, avec ses six millions de disparus qui seraient peut etre mettons vingt millions aujourd'hui dans une modernité totalement différente.
C'est ce vide spectral qui génère un trou noir intransmissible négationniste par essence. L'appropriation mémorielle voudrait d'abord décharger le juif de sa propre mémoire. L'Europe voudrait s'approprier ainsi la nouvelle protection du juif sans lui demander son avis comme le ferait une mère de psychotique qui parlerait en son nom de l'enfant idéal devenu monstrueux qu'elle a néanmoins engendré.

Echange lumineux 22 mai 01:35, par Didier k.

Merci pour cet échange d'une grande clarté. Je retiens notamment de vos propos (choix tout personnel), le sentiment génocidaire qui existait au début du 20ème siècle en Europe et qui a pris la forme délirante de la Shoa, la guerre comme facteur d'accélération et de radicalisation, un génocide de 20 mois, la construction de l'Europe après la seconde guerre mondiale sur le rejet du nazisme et la culpabilité, l'antisémitisme comme facteur de rassemblement de personnes qui sont par ailleurs très différents, la condamnation générale d'Israël expliquée de façon très subtile comme le retournement contre ce pays de la culpabilité occidentale, le boycott comme moyen de délégitimer Israël et enfin la source culturelle voire religieuse de l'antisémitisme arabo-musulman.

Merci pour le récit de la Shoah mais pas d'accord pour les raccourcis qui suivent 19 mai 19:18, par manolito

Le débat est intéressant et bien mené par le journaliste. L'invité aussi est intéressant, quand il parle de la Shoah. Mais dès qu'il en sort pour commenter la société actuelle et qu'il évoque la culpabilité européenne, je ne suis plus d'accord.

L'invité confond allègrement l'opposition à la politique israélienne avec l'anti-sionisme ou l'antisémitisme. Ces raccourcis sont inacceptables. À ce compte, tout opposant du gouvernement israélien peut être repeint en antisémite. L'opposant ainsi disqualifié n'est plus légitime pour discuter de rien à propos du conflit israélo-palestinien, que ce soit de la politique de colonisation, du respect des accords internationaux, du partage des terres etc.

C'est sans doute l'effet recherché mais "mal nommer les choses, c'est ajouter au malheur du monde", disait Camus. S'opposer à la politique d'Israël ne signifie pas être antisémite. Traiter tous les opposants à Israël d'antisémites peut donner l'illusion d'emporter l'argument mais ce n'est que l'espace d'un instant car sur le long terme cela crée de la confusion entre les vrais antisémites et les autres, avec le risque que l'antisémitisme ne soit plus un tabou.

Sur la culpabilité de l'Europe et de sa civilisation, voilà encore un raccourci bien rapide. La culpabilité collective est un concept hasardeux, utilisé moins pour chercher la justice, qu'à des fins politiques. Les coupables de la Shoah, on peut les désigner : ce sont les décideurs et les organisateurs de cette entreprise de mort, qui pouvaient et savaient tout ; ce sont les assassins dans les camps qui exécutaient à tour de bras ; ce sont ceux qui participaient à la déportation de près ou de loin et dont la culpabilité peut se mesurer à la hauteur de leur implication dans le crime, et de leur zèle ou de leur connaissance de ce qui s'opérait ; mais ce sont aussi tous ceux qui, en Europe ou ailleurs, savaient et qui avaient les moyens d'agir, qui pourtant n'ont rien fait.

Cela fait un bail qu'on ne pense plus que les hommes devraient être poursuivis pour les fautes qui ont été commises par leurs parents. Les Européens d'aujourd'hui, qu'ils descendent ou non des bourreaux, de près ou de loin, sont innocents des crimes de leurs aïeux. Certains états, certaines institutions ont pu avoir des responsabilités, qui ont été dénoncées, et parfois indemnisées, mais l'Europe en général : de qui parle-t-on, de quelle institution ? Diaboliser l'Europe et les Européens, c'est aussi ridicule que diaboliser Israël et les Israéliens.

Comme l'invité le dit, la Shoah mérite d'être honorée. Elle est singulière parmi tous les génocides. Elle nous invite à réfléchir sur la modernité. Elle nous oblige à inventer les institutions, les processus suffisamment robustes pour prévenir de tels crimes. Mais laissons la Shoah à cette place, et évitons de la brandir à tort et à travers à chaque fois qu'il faut dénoncer l'antisémitisme et pire encore à chaque fois que certains protestent contre des opposants à la politique d'Israël. À force de crier au loup, on épuise les capacités d'indignation de la société.

L'indicible de la Shoah 19 mai 13:20, par Joelle

Pour comprendre l'indicible de la Shoah, lisez, si vous en avez la force, le livre de Leib ROCHMAN : " A pas aveugles de par le monde"...

Ecoute ou vision obligaroire 17 mai 08:16, par Richard

Cette 1/2 here d échanges devrait être entendue par tous, chaque année au moment du Yom hashoah par exemple.
Devoir indispensable d'apprentissage et de vision
L histoire mis au service de l'intelligence
Bravo.

 

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Biographie des conférenciers

Georges Bensoussan - historien, responsable éditorial du Mémorial de la Shoah

Georges Bensoussan est historien, spécialiste d'histoire juive européenne. Ses travaux sont consacrés à l'antisémitisme, à la Shoah, au sionisme et aux problèmes de la mémoire. Il est rédacteur en chef de la Revue d'histoire de la Shoah ainsi que le responsable éditorial au Mémorial de la Shoah. Il est le lauréat 2008 du Prix Mémoire de la Shoah, attribué par la Fondation Jacob Buchman.

Antoine Mercier - Journaliste

Antoine Mercier est journaliste à la rédaction de France Culture, présentateur du journal de 12h30, il mène régulièrement des séries d'entretiens autour de la crise et de l'actualité avec des intellectuels.

Bibliographie des conférenciers

Georges Bensoussan - historien, responsable éditorial du Mémorial de la Shoah
  • Histoire de la Shoah, (PUF, 5ème édition, 2012)
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  • Dictionnaire de la Shoah, co-dirigé avec Jean-Marc Dreyfus, Edouard Husson, Joël Kotek, (Larousse, 2009)
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  • Un nom impérissable: Israël, le sionisme et la destruction des Juifs d'Europe (1933-2007), (Seuil, 2008)
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  • Europe, une passion génocidaire. Essai d'histoire culturelle, (Mille et une nuits, 2006)
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  • Les territoires perdus de la République, sous le pseudonyme d’Emmanuel Brenner, sous la direction de, (Mille et une nuits, 2004)
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  • Ailleurs, hier, autrement : connaissance et reconnaissance du génocide des Arméniens, co-dirigé avec Claire Mouradian et Yves Ternon, (Centre de documentation juive contemporaine, 2003)
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  • Auschwitz en héritage ? D'un bon usage de la mémoire, (Mille et une nuits, 2003)
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  • Du fond de l'abîme. Journal du ghetto de Varsovie, avec Hillel Seidman, Nathan Weinstock, (Pocket, 2002)
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  • Une histoire intellectuelle et politique du sionisme: 1860-1940, (Fayard, 2002)
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  • Mémoires juives, (collectif), (Gallimard, 1994)
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  • L'Idéologie du rejet, (Manya, 1993)
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  • Génocide pour mémoire, Des racines du désastre aux questions d'aujourd'hui, (Le Félin, 1989)
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  • Juifs en pays arabes, Le grand déracinement : 1850-1975, (Tallandier, 2012)
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  • Atlas de la Shoah. La mise à mort des Juifs d'Europe (1939-1945), (Autrement , 2014)
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  • L'histoire confisquée de la destruction des juifs d'Europe, Usages d'une tragédie, (PUF, 2016)
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Antoine Mercier - Journaliste
  • Regards sur la crise, (Editions Hermann, novembre 2009)
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  • Manifeste pour sortir du mal-être au travail, (Desclée de Brouwer, novembre 2012)
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  • Un train parmi tant d'autres: 17 juillet 1942, (Le Cherche Midi , janvier 2009)
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