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"Heidegger et les Cahiers noirs" (CNRS éditions), de Nicolas Weill

Le Nazisme métaphysique  (16 min)

A. Mercier - Journaliste - N. Weill - journaliste

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Aller-Retour, une vision vectorielle 01 octobre 10:06, par Doina Raluca Paul

L'armee du peuple de l'etre est passee deux fois sur le territoire roumain, mais les sens ont ete contraires : aller et retour. Ecaterina, ma grand-mere maternelle, les a vus les deux fois : " A l'aller, ils etaient tous des Sigfrieds, les conquerants, les champions, les maîtres, jeunes, beaux, parfaits, grands, blonds, longues jambes et les yeux bleus SUPERHOMMES, quoi ! Ils disaient qu'ils etaient nos allies, mais ils ne nous voyaient meme pas nous, les Roumains. Ils se lavaient tout le temps, avec du savon allemand, ils se rasaient tous les jours, ils mangeaient du pain blanc et du chocolat qu'on leur envoyait de l'Allemagne. Je les ai pu voir de pres, au bord de la riviere, ou j'etais avec mes soeurs laver les tapis de la maison. Les tapis sechaient deja au soleil sur la greve et nous profitions pour une bonne baignade, tellement insoucientes et prises par nos jeux, qu'on ne s'etaient meme pas rendues compte de leur arrivee... Comme ils semblaient ne pas nous voir, nous n'avons plus eu peur et nous les avons pu regarder de pres, sans peur, comme on regarde le lion au zoo. " /// "Au Retour, dans l'autre sens, ce n'etait pas la meme armee. Ils etaient vieux ! Comment donc?! C'etait 3 ans plus tard, mais pour cette armee allemande c'etait comme si plus de 30 ans etaient passes depuis 1941. Ils etaient sales, affames, leurs uniformes rompues, dans un etat epouvantable. On disait qu'ils n'etaient plus nos allies, mais nos ennemis, pourtant ils faisaient pitie quand ils dechiraient leurs uniformes et demandaient aux paysans des vetements... Ils etaient les sacrifies, leur mission etant de mourir en essayant d'arreter ou, du moins, de tarder le tsunami de l'Armee Rouge. Ils savaient qu'ils etaient armee de sacrifice... De pres, je n'en ai vu un, seulement un. La chaussee avec le convois des refugies avait ete mitraillee par deux avions allemands et ma famille errait sous les bombes, sous les obus, parmi les explosions. Une grande famille, Ioan Ungureanu, potier, sa femme, leurs 6 filles, les gendres, les petits-enfants, une trentaine personnes avec des bebes, une tribue entre les deux fronts en pleine nuit, en plein combat. Tout a coup, "Halt ! ". Un Allemand les menacait de son arme ! Vieux, avec des lunettes. Papa, qui parlait un peu l'allemand, lui a repondu que nous etions des refugies. Il a repondu : "Oh, nom de Dieu ! Et vous allez ou?!" Alors papa a repondu : "A Berlin ! ". L'Allemand ne pouvait pas croire ses oreilles. En pleine nuit, l'enfer tout autour, les Russes qui arrivaient... Et vous allez ou?! Il criait l'Allemand, il ne pouvait pas croire. "A Berlin ! ". Il a laisse l'arme, il a pris une fourche avec laquelle il a souleve les fils, car par terre il y avait beaucoup de fils. "Passez ! Passez ! Vite ! Vite !... "Et la famille est passee sous les fils que l'Allemand tenait avec la fourche... Le lendemain les Russes etaient partout. " Les temoignages d'Ecaterina montre que Heidegger aurait du avoir une vision vectorielle de l'etre, l'aller et le retour representant, ontologiqument, deux configurations differentes de l'etant.

Je ne me reconnais pas dans la conception heideggero-weilliennne de la philosophie 27 septembre 16:25, par Jean-Pierre Marchand

La question de l'être, déjà dans Etre et temps, fonctionne comme une bannière nazie. Heidegger n'aura cherché à imposer sa "philosophie" aux nazis que dans la mesure où il y avait une correspondance entre les deux. Et cela se trame déjà dans la mise en avant de la scène de la question de l'être. La rencontre entre le nazisme et Heidegger n'est pas fortuite et ne relève pas d'un opportunisme. Elle se noue au coeur de la question de l'être. Faire de cette question, et dont l'oubli serait porteur de catastrophes, une condition de la philosophie elle-même ne peut être acceptée par l'ensemble de la "communauté" des philosophes. Ce n'est pas la science ou la technique en elles-mêmes qu'au nom de l'être Heidegger relègue hors de la pensée mais en tant qu'elles sont considérées comme incarnant la menace démocratique. L'être, en sa vérité, désigne chez Heidegger la légitimité de droit de la prétention d'un "peuple de l'être" à exercer une souveraineté absolue, esclavagisme et extermination compris. Métaphoriquement l'être c'est cette Egypte par rapport à laquelle les juifs ont commis initialement le crime d'en être sortis. Mais ils demeurent à jamais esclaves et voués à l'étant. La philosophie ne peut reprendre son souffle qu'en déconstruisant la question de l'être. Ce n'est jamais, chez Heidegger, une pure question de philosophie ou d'ontologie. Le discours heideggérien est une "onto-réthorique" de la souveraineté absolue d'un "peuple de l'être". Et celui-ci est un "peuple maître". Reprendre la question de l'être sans autre forme de "procès" - de déconstruction - c'est se mettre en situation d'être instrumentalisés en vue d'une "maîtrise" au sens le plus criminel.

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Biographie des conférenciers

Antoine Mercier - Journaliste

Antoine Mercier est journaliste à la rédaction de France Culture, présentateur du journal de 12h30, il mène régulièrement des séries d'entretiens autour de la crise et de l'actualité avec des intellectuels.

Nicolas Weill - journaliste

Nicolas Weill est journaliste au Monde, essayiste et traducteur. Il a collaboré au Monde de la Révolution française de 1988 à 1990 et à Courrier International de 1991 à 1995. Journaliste au Monde depuis 1995, il collabore régulièrement au Monde des livres et à Critique. Il est aussi l'auteur d'essais historiques sur l'antisémitisme en France.

Bibliographie des conférenciers

Antoine Mercier - Journaliste
  • Regards sur la crise, (Editions Hermann, novembre 2009)
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  • Manifeste pour sortir du mal-être au travail, (Desclée de Brouwer, novembre 2012)
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  • Un train parmi tant d'autres: 17 juillet 1942, (Le Cherche Midi , janvier 2009)
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Nicolas Weill - journaliste
  • Existe-t-il une Europe philosophique ? 16e Forum Le Monde, Le Mans, du 22 au 24 octobre 2004, sous la direction de, (PU Rennes, 2005)
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  • La République et les antisémites, (Grasset & Fasquelle, 2004)
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  • Que reste-t-il de nos tabous ?, (collectif), 15e forum Le Monde, Le Mans, octobre 2003, (PU Rennes, 2004)
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  • Une histoire personnelle de l'antisémitisme, (Laffont, 2003)
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  • L'Expédition d'Egypte : le rêve oriental de Bonaparte, avec Laure Murat, (Gallimard, 1998)
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  • Emmanuel Sivan, Mythes politiques arabes, traduction, (Fayard, 1995)
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  • Les dessous du triple A - Agences de notation: récit de l'intérieur, avec Samuel Didier, (Omniscience/Collection: La manufacture des idées, mars 2012)
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  • Paul Ricoeur, Yosef Hayim Yerushalmi : lectures croisées, in Critique n°763 : Yerushalmi, historien de la mémoire et de l'oubli, (Editions de Minuit, 2011)
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  • Histoire et Lumières ; changer le monde par la raison, (Albin Michel, 2014)
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Bibliographie générale

Sélection d'une liste d'ouvrages sur le sujet
  • Heidegger et les Cahiers noirs, Mystique du ressentiment, Nicolas Weill, (CNRS éditions, 2018)
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  • Heidegger et l'antisémitisme, Sur les "Cahiers noirs", Peter Trawny, (Seuil, 2014 )
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  • Heidegger, l'introduction du nazisme dans la philosophie, Autour des séminaires inédits de 1933-1935, Emmanuel Faye, (Livre de poche, 2007)
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  • Banalité de Heidegger, Jean-Luc Nancy, (Galilée, 2015)
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  • Mythologie de l'événement, Heidegger avec Hölderlin, Christian Sommer, (PUF Epiméthée, 2017)
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