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Le lièvre de Patagonie Quand venait l'heure de nous coucher et de nous mettre en pyjama, notre père restait près de nous et nous apprenait à disposer nos vêtements dans l'ordre très exact du rhabillage. Il nous avertissait, nous savions que la cloche de la porte extérieure nous réveillerait en plein sommeil et que nous aurions à fuir, comme si la Gestapo surgissait. "Votre temps sera chronométré", disait-il, nous ne prîmes pas très longtemps la chose pour un jeu. C'était une cloche au timbre puissant et clair, actionnée par une chaîne. Et soudain, cet inoubliable carillon impérieux de l'aube, les allers-retours du battant de la cloche sur ses parois marquant sans équivoque qu'on ne sonnait pas dans l'attente polie d'une ouverture, mais pour annoncer une brutale effraction. Sursaut du réveil, l'un de nous secouait notre petite soeur lourdement endormie, nous nous vêtions dans le noir, à grande vitesse, avec des gestes de plus en plus mécanisés au fil des progrès de l'entraînement, dévalions les deux étages, sans un bruit et dans l'obscurité totale, ouvrions comme par magie la porte de la cour et foncions vers la lisière du jardin, écartions les branchages, les remettions en place après nous être glissés l'un derrière l'autre dans la protectrice anfractuosité, et attendions souffle perdu, hors d'haleine. Nous l'attendions, nous le guettions, il était lent ou rapide, cela dépendait, il faisait semblant de nous chercher et nous trouvait sans jamais faillir. A travers les branchages, nous apercevions ses bottes de SS et nous entendions sa voix angoissée de père juif : "Vous avez bougé, vous avez fait du bruit. - Non, Papa, c'est une branche qui a craqué. - Vous avez parlé, je vous ai entendus, ils vous auraient découverts." Cela continuait jusqu'à ce qu'il nous dise de sortir. Il ne jouait pas. Il jouait les SS et leurs chiens. Pas facile d'être juif On parle souvent du judaïsme avec gravité, en se référant aux épreuves traversées par les juifs à travers les siècles. Le sujet est ici abordé différemment. Pour définir les juifs, Woody Allen déclare: "Dieu n'existe pas. Et nous sommes son peuple élu." C'est sur ce ton ironique et absurde, typique de l'humour juif, que Ricardo Calimani a choisi d'écrire ce livre. Quel est la différence entre un juif, un hébreu et un Israélien. Que sont la kabbale, la Diaspora, le Talmud? Autant de questions auxquelles il apporte une réponse simple et pédagogique. L'auteur émaille ses explications de blagues juives, plus efficaces que bien des discours. "Pour dix juifs qui pleurent et se lamentent, affirme un vieil adage, Dieu en a crée un onzième pour les faire rire". L'humour permet ici de se divertir et de s'instruire d'une manière à la fois plaisante et pédagogique. Un livre intelligent et joyeux. Tel-Aviv sans répit Tel-Aviv fête ses 100 ans en 2009. Ville adolescente, ville brouillon, elle ne cesse de bouger - de s'étendre, de creuser, de s'élever-, au point de changer de teint, sinon de visage d'année en année. D'une certaine manière, la ville annonce Israël. Elle se débat avec ses hantises, cultive ses contradictions, couve ses rêves. Elle dit le meilleur et le pire ; l'engagement et le désengagement; le bouillonnement et la lassitude. Ville alternative par excellence, Tel-Aviv ne cesse de vibrer. Elle est le cimetière de l'ancien Juif et le berceau de l'Hébreu nouveau. De cette énergie débordante, une trentaine d'acteurs témoignent dans ce livre. Militants, artistes, fêtards, journalistes, poètes, rabbins, avocats, pêcheurs, ils brossent un portrait de la ville : résistante, rêveuse, créative, théâtrale... sans répit.
Horizons géopolitique La géopolitique est à la mode. Boudée, voire rejetée des décennies durant, après avoir été mise à l'honneur par l'impérialisme des IIe et IIIe Reich allemands, elle prend sa revanche : tout un chacun en fait depuis les années 1990 comme Monsieur Jourdain faisait de la prose, et l'accole à n'importe quelle dimension de la vie ou presque. Dans ce foisonnement, on trouve le meilleur comme le pire, au risque du galvaudage ; si tout peut être estampillé " géopolitique ", rien ne l'est réellement. Pour le néophyte ou pour le lecteur averti, Frédéric Encel présente ici avec rigueur et clarté les concepts clés de la discipline : les frontières et la souveraineté, les rapports de force et la puissance, les opinions publiques et les représentations, la guerre et la paix. Ce faisant, il prône le rejet du cynisme et dessine une géopolitique à visage humain. |